Le Bivouac, tout un art (partie 1)
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Le Bivouac, tout un art (partie 1)

Pour la plupart d’entre nous, les notions de camping ou de bivouac en plein air ne nous sont pas familières. Il est difficile pour ces aficionados transis du confort moderne de trouver chaussure à leur pied ; ceci réduit donc considérablement leurs destinations de voyage. Pour les aventuriers, les baroudeurs, les amoureux de la nature et des ciels constellés d’étoiles ; rien n’est impossible même si il faut pour cela se rendre dans les pays les plus reculés du globe.

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Quelques idées pour bivouaquer en toute sérénité

Attention cependant : pour qu’un bivouac se déroule dans les meilleures conditions, il est parfois nécessaire de respecter certaines obligations de bienséance et de sécurité. Le présent dossier n’est pas exhaustif et il n’a pas la prétention de fixer des diktats moralisateurs mais il regroupe quelques unes des principales règles du bivouac, le tout assorti de petits conseils qui pourront servir aussi bien aux novices qu’aux confirmés …

Le bivouac et la loi en Europe

Avant d’aller plus loin, il faut bien faire la différence entre «camping» et «bivouac». Le «camping» induit une installation prolongée dépassant le simple créneau de la nuit de passage. Pour camper plusieurs jours et en toute quiétude (du moins sur le plan légal), la solution la plus facile et la plus pratique, consiste à s’installer dans un camping «officiel» comprenant des sanitaires et diverses installations destinées à l’accueil du public.

Dans ce cadre là, que ce soit au bord d’une plage, au milieu des dunes, en bordure d’une ville ou sur un domaine agricole (camping à la ferme), on est complètement dans la légalité et on ne risque pas de se faire déloger par un propriétaire furibond ou un garde champêtre trop zélé. En dehors d’un camping reconnu, on peut aussi camper en pleine nature, pour autant que l’on ait l’autorisation du propriétaire de l’espace naturel sur lequel on désire s’installer. Contrairement au «camping», le «bivouac» (communément appelé «camping sauvage») sous-entend une installation ponctuelle, en milieu naturel, le temps d’une nuit, pendant l’heure légale de coucher de soleil. Le bivouac est relativement bien toléré dans certains pays sous certaines conditions.

Interdit ou toléré ?

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Le Bivouac et la loi : les autorisations et les interdictions

Les autorisations de bivouac dépendent de la législation en vigueur sur le domaine choisi. En principe, il n’est pas permis de bivouaquer où bon nous semble. Comme on l’a dit plus haut, s’il s’agit d’un domaine privé, une autorisation du propriétaire des lieux est nécessaire.

Pour le reste, il suffit de se conformer au règlement en vigueur et de payer les taxes éventuelles si nécessaire. Cela dit, même en cas d’autorisation, il faudra se conformer à certaines règles (distance réglementaire des routes, des habitations, des points d’eau, feu autorisé ou non, horaires, etc.) En Suisse, en Hollande, en Allemagne, en Autriche, et, d’une manière générale, dans tous les pays où les «verts» règnent en maîtres, le bivouac est totalement proscrit, même en cas de force majeure. De toute façon, dans les pays cités plus haut, le 4×4 est formellement interdit.

Raison de plus pour ne pas s’attarder sur ces pays intégristes où le mot liberté n’a pas vraiment la même notion que partout ailleurs. Intéressons-nous plutôt aux autres pays d’Europe dans lesquels on peut encore à la fois circuler et bivouaquer, à savoir la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Grèce, la Roumanie et d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est. En France, en Espagne, au Portugal et en Italie, la législation est sensiblement la même tant qu’on ne se trouve pas dans un parc national : en clair, il est interdit de camper sur la voie publique, que ce soit dans la rue, sous un pont, sur une route (!), ou sur une aire d’autoroute. Il est interdit aussi de bivouaquer en bord de mer, que ce soit sur la plage ou sur une berge stabilisée, dans les sites classés et protégés et à moins de 500 mètres d’un monument historique inscrit et classé, dans certaines zones définies par des arrêtes municipaux ou préfectoraux motivés.

Dans le même esprit, il est formellement interdit de camper à moins de 200 mètres d’un point d’eau destinée à la consommation … En ce qui concerne les interdictions de camper sur la voie publique, outre le fait que cela tombe sous le sens, cette réglementation doit être portée à la connaissance du public par affichage en mairie. Pareil pour le camping en milieu naturel dans des sites protégés ou bien définis mais là, l’affichage en mairie peut être associé à des panneaux réglementaires situés aux points d’accès des zones interdites.

Dans les parcs nationaux espagnols et portugais, le bivouac est formellement interdit pour quelque raison que ce soit, même en cas de force majeure. En Grèce, en Roumanie et dans les pays de l’Est, on peut bivouaquer dans un parc national sans restriction (sauf risque spécifique d’agression animale). En Sicile et en Sardaigne, on peut bivouaquer dans un parc national après autorisation des gardes du parc. A titre de caution morale, ces derniers peuvent exiger une carte grise de véhicule ou une carte d’identité d’un ou de plusieurs campeurs…

En France, tout dépend du parc national dans lequel on se trouve : dans les parcs de la Vanoise, des Cévennes, de Port Cros et sur l’île de Porquerolles, le bivouac est formellement interdit. Dans les parcs des Ecrins, du Mercantour et des Pyrénées, le bivouac est toléré à certaines conditions : utilisation uniquement pendant la nuit, sous condition de se trouver à une heure ou deux heures de marche des limites du parc, en prenant soin de dresser sa tente au coucher du soleil et de l’enlever au petit matin. Attention : cette tolérance ne s’applique que pour une tente isolée n’autorisant pas la station debout.

Il existe une autre tolérance, classée «force majeure», qui vous autorise à vous abriter sous une tente même en pleine journée pendant la durée d’éventuelles intempéries qui pourraient compromettre votre sécurité… En dehors des restrictions et exceptions décrites plus haut, en Europe libre, non «germanisée», on peut bivouaquer (presque) partout en milieu naturel si l’on négocie l’autorisation ou si l’on est dans un lieu désert, à une distance relativement éloignée de toute habitation. D’une manière générale, on ne vous embêtera pas si vous ne restez pas plus d’une nuit au même endroit, surtout si vous ne faites pas de feu.

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Les législations en terme de Bivouac diffèrent en fonction des pays.

Le bivouac et la loi en Afrique

Que ce soit en Afrique Noire, en Afrique australe, en Afrique du Nord (Maroc, Tunisie), au Moyen Orient ou en Asie, on peut, en principe, s’installer partout pour camper ou pour bivouaquer. Mis à part certains impératifs de sécurité liés à l’instabilité politique, religieuse ou socio-économique de quelques pays «sensibles « (Mali, Zimbabwe, Mauritanie, Ethiopie etc…), on peut trouver parfois des interdictions ponctuelles dans des secteurs bien déterminés et à risque (agression animale ou agression humaine).

Dans ce cas, il convient d’être prudent, et de respecter les consignes des autorités compétentes, surtout si l’on est seul ou en tout petit groupe. Souvent, on demandera l’autorisation du chef du village pour s’installer à proximité d’un hameau. Il n’est pas conseillé, non plus, de s’installer en bordure de frontière, notamment au Maroc ou en Tunisie, sous peine d’être déplacé, même en pleine nuit, par les militaires. A souligner au passage, que selon vos besoins et votre façon d’aborder les choses, ce sont ces mêmes militaires qui pourront se faire un plaisir de vous conseiller d’excellents points de bivouac. D’où l’intérêt d’aller les consulter lorsque vous vous trouvez dans une zone frontalière.

Au Maroc, depuis peu, il est impératif, lorsqu’on est en groupe, de communiquer aux autorités compétentes les points GPS de ses sites de bivouac. Pour le moment, en cas d’oubli ou de méconnaissance de cette nouvelle législation, le législateur ne prévoit pas d’amende tant que le contrevenant reste courtois avec les forces de l’ordre. Il arrive cependant que ces dernières imposent le déplacement du campement, ce qui n’est pas toujours une mince affaire… En dehors des cas de figure énoncés ci-dessus, on peut camper à peu près de partout et aussi longtemps qu’on le désire. Il est quand même fortement recommandé de ne pas s’installer à proximité d’un points d’eau dans lequel viennent s’abreuver des prédateurs pas toujours très sociables ou des animaux « remuants » (éléphants, hippopotames, rhinocéros, etc.).

Où s’installer ?

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Quelques recommandations pour s’installer

Pour profiter au mieux de votre bivouac, il convient de respecter quelques règles :

– tout d’abord, installez votre campement bien avant la tombée de la nuit pour être sûr de bien l’optimiser. Cela vous permettra de mieux appréhender la configuration du terrain sur lequel vous allez passer la nuit. Et au vu de certains détails (qui pourraient vous échapper dans l’obscurité), vous pourrez décider de rester sur place ou d’aller plus loin. Dans certains cas, cela vous évitera peut-être d’éventuels désagréments…

– si vous voulez dormir tranquille, évitez la proximité d’un troupeau ou d’une bergerie. Entre les concerts canins, la nuit, les ruminants qui viennent s’embroncher dans les tendeurs des tentes, les bouses bien fraîches et les visites des taons au petit matin, il y a là de quoi vous dégoûter du bivouac !

ne plantez pas votre tente près d’un refuge ou d’une ferme sauf autorisation du gardien ou du fermier.

lorsque le temps est instable, évitez de vous installer à côté d’un cours d’eau dont le débit pourrait subitement changer en cas d’orage violent. L’eau est, avec le feu, l’un des éléments naturels dont le campeur doit se méfier le plus. Non seulement il faut prendre soin de ne pas s’installer dans une cuvette où l’eau de pluie pourrait s’accumuler et au bas d’une pente où l’eau pourrait ruisseler, mais surtout, il faut prendre garde aux inondations.

Une paisible petite rivière, un minuscule torrent ou même un oued asséché, peuvent avoir des crues subites et d’une importance considérable en cas d’orage. D’où l’intérêt de se renseigner auprès des gens du coin pour savoir si l’endroit où vous voulez camper représente ou non un quelconque danger.

si le ciel est chargé, s’il y a risque d’orage, méfiez vous de la foudre. Il faut savoir que cette dernière frappe plus particulièrement les arbres isolés, le centre d’une clairière, la lisière des bois, les amas de rochers plantés en plein milieu de la savane ou d’une prairie, les lignes de crêtes, les cols de montagne. Par contre, un bosquet de feuillus ou une forêt de résineux représente une bonne protection, à la fois contre l’orage mais aussi contre le vent. Sachant que les orages s’accompagnent souvent de fortes bourrasques, la prudence conseille de ne pas s’installer sous un chêne dont les branches mortes peuvent s’abattre sur vous à tout instant, sous un hêtre que le vent peut littéralement écarteler ou sous un peuplier que la tempête brise parfois comme un fétu de paille.

évitez les marécages et la proximité des eaux stagnantes. Ce sont des lieux qu’affectionnent particulièrement les moustiques et les taons.

les hautes herbes sont tentantes à plus d’un titre car, pour les tentes au sol, elles peuvent faire un lit moelleux. Attention cependant : elles cachent parfois une zone humide qui peut se transformer en marécage en cas de forte pluie. De plus, on y perd facilement le petit matériel et si l’herbe est sèche, elle peut représenter un risque d’incendie. Préférez plutôt l’herbe rase, même si elle clairsemée, ou carrément la terre battue à une zone d’herbes hautes sachant que, de surcroît, cette dernière peut abriter divers animaux pas toujours recommandables (serpents, scorpions, araignées, tiques etc.)

enfin, lorsque vous choisissez l’emplacement de votre campement ou de votre table, faites attention aux fourmilières et, surtout, aux nids de guêpes qui ne sont pas toujours très visibles au premier abord. Pour ceux qui l’ignorent, ce sont les hyménoptères (guêpes, abeilles, bourdons et frelons) qui sont les plus dangereux dans la nature et cela bien avant les serpents. En Europe, le risque de décès par piqûres d’hyménoptère est 45 fois supérieur aux morsures de serpents. D’où l’intérêt de ne pas négliger ce type de risque en prenant certaines précautions : ne pas marcher pieds nus, ne pas s’obstiner à stationner près d’un nid, ne pas « tenter » l’ennemi en laissant sur la table des produits sucrés (fruits, sodas, pâtisseries, etc) …

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En milieu polaire, le bivouac devient compliqué. Le chauffage sous tente devient impératif.

Discrétion et sécurité

Il est bien évident, qu’il ne faut rien laisser derrière soi lorsqu’on quitte un bivouac, que ce soit des ordures ou des produits d’hygiène personnelle. Pensez à ceux qui passeront après vous et laissez leur le site comme vous auriez aimer le trouver. Cela dit, les traces de votre présence ne se limitent pas à vos ordures mais concernent aussi votre comportement dans la nature. Prenez bien conscience, qu’à partir du moment où vous bivouaquez dans un espace naturel, vous devez être discret pour ne pas déranger la faune du secteur, surtout durant les périodes sensibles de reproduction, de nidification, lors de la croissance des petits ou encore pendant l’hiver. Sachant justement qu’en hiver le son porte très loin, surtout dans la neige, évitez de parler bruyamment et de faire trop de bruit (en laissant tourner inutilement le moteur ou en mettant la musique à tue tête).

Même si cela part d’un bon sentiment, ne laissez jamais de nourriture pour les animaux sauvages. Ceci peut être néfaste à leur santé, altérer leur comportement naturel et créer une accoutumance qui peut s’avérer dangereuse en cas de refus. Si vous voulez sécuriser votre bivouac, parce que vous êtes seul ou parce que vous êtes dans un endroit «sensible», vous pouvez entourer votre emplacement d’un réseau de fil de pêche (comme on utilise pour les grosses pièces) que vous installerez entre des arbres ou grâce à des piquets, à une quinzaine de centimètres du sol, en ajoutant quelques grelots qui vous avertiront en cas d’intrusion. Ce système est suffisamment dissuasif pour les animaux sauvages de petite taille. En ce qui concerne les gros prédateurs et l’homme, là c’est une autre histoire …

Article rédigé par Arys Panayotou,

Arys Panayotou est journaliste essayeur pour des magazines 4×4

et aussi organisateur de RAIDS / RANDONNEES 4×4 dans le cadre de l’organisation HELIOS

http://www.helios-organisation.com/

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One Comment

  1. Bonjour, merci pour votre article il m’a beaucoup éclairci! Partout on nous répète que le bivouac est interdit en Sardaigne… et que les carabinieri pas commode du tout. Vous me confirmez donc que c’est faux? A moins d’être dans les conditions particulières citées (voie publique, plage…) on peut planter sa tente le temps d’une nuit en Sardaigne? Quand aux réglementation locales il suffit de vérifier en mairie? mais ne risque-t-on pas de nous dire non systématiquement pour tenter de nous forcer à payer le camping? merci. Très cordialement, valentin.

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